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Le Libertaire Bisontin

Le Libertaire Bisontin

Journal d'un anarchiste.

8 et 9 aout : Je n'ai pas fait du soin mais de la maltraitance

Dans la nuit du 8 au 9 août et du 9 au 10 août, j'ai été appelé par mon agence intérim pour une mission de " veilleur de nuit ". Ayant pour habitude d'effectuer cette tâche pour des foyers pour personnes handicapées mentales, j'ai accepté. J'étais loin de m'imaginer que c'était pour un EHPAD,  structures pour lesquels je ne souhaite plus travailler depuis 10 ans, ayant eu une très mauvaise expérience dans l'une d'elle et vous allez comprendre pourquoi.

Je tairai le nom de cet EHPAD, le but n'étant pas d'en cibler un en particulier, ça se passe comme ça dans presque toutes ces structures.

20h50, j'arrive sur place pour prendre mon service et découvre que je ne dois pas faire veilleur de nuit mais "fonction aide-soignant", une dérogation permise pour les titulaires comme moi d'un BEP carrières sanitaires et sociales car on nous apprend à faire des changes lors de cette formation. Malheur, je n'ai pas de tunique du coup, n'ayant pas du tout prévu de travailler dans un EHPAD. Au bout d'un moment on me refile la tunique d'un collègue de jour.

21h, j'apprends que j'ai sous ma seule responsabilité un service de 28 patient.e.s ! Presque tou.te.s grabataires ++. Je désinfecte et récure la salle de soins tout en répondant aux différentes sonnettes des chambres. Je suis tellement sollicité que je me demande si j'arriverai à désinfecter cette infirmerie avant le matin.

22h, Je commence mes changes, heureusement la collègue de l'étage en dessous vient m'aider j'ai cru ne jamais m'en sortir, manutentionner seul des patients grabataires, douloureux, ce n'est vraiment pas une sinécure. La collègue étant venu m'aider à mon étage, il était normal que je fasse de même avec elle au sien. Au final, une énorme charge de travail.

0h30, court moment de répit, j'ai pu néanmoins fumer une clope en urgence car je n'arrêtait presque pas de recevoir des sonnettes sur mon biper. J'ai fumer tellement vite que j'ai eu la tête qui tournait.

1h, changes des patient.e.s qu'on ne change qu'une fois dans la nuit.

3h du matin, la maltraitance s'accentue : réveil en pleine nuit des patient.e.s, lumière allumée, manutention de la personne qui a à peine le temps d'émerger, qui parfois crie et nous donne des coups, à raison. Je la comprends tout à fait, même si ce n'est pas de notre faute, nous ne sommes pas assez sur le terrain. Au final 7 "agressions" légères de la part de patient.e.s sûrement excédés de payer eux ou leurs familles 2000€ pour être traiter de la sorte.

5h30, nouveau moment de répit, sauf pour ma collègue qui à la charge d'enregistrer dans des tablettes ses actes plus les miens, n'ayant pas accès à leur système en tant qu'intérimaire. Personnellement j'ai pu me poser jusqu'à 7h, en faisant une ronde toutes les 30 minutes dans les 28 chambres.

Je rentre cassé, comme un premier jour de vendanges, sans abuser : mal aux mains, au dos, aux pieds, jambes lourdes, mal de tête, anxiété, déprime. Je me couche à 9h et je dors toute la journée. Je me réveille à 18h encore cassé et complètement déprimé, j'ai la boule au ventre à l'idée d'y retourner, mais quand je m'engage à quelque chose je m'y tiens et je ne voulais pas laisser ma collègue toute seule, par empathie.

Cette deuxième nuit fut beaucoup plus calme, mais toujours la maltraitance en toile de fond...

Une collègue m'a dit que nous étions bien payé en tant qu'intérimaire face à ma déploration de la situation. Qu'on "ne peut pas remettre systématiquement la faute sur la maison"... J'aimerais lui dire, car j'ai reçu mon contrat après ma mission, j'ai été payé 9,88€ brut/H + une prime de 12,05€/nuit. Je ne vais pas aller loin comme ça.

Quant il s'agit d'internat, qui demande à accompagner quelques personnes aux toilettes pendant la nuit, à faire des rondes régulières... Ca va encore, mais pour faire le boulot que j'ai fait là je trouve ça décevant. Et il s'étonne que les intérimaires qui viennent ne sont "pas sérieux", "viennent un jour et ne reviennent pas le lendemain". Tu m’étonnes ! Se faire recevoir comme un chien, travailler dans une ambiance de merde avec les collègues à cause de la charge de travail, gagner 12,05€ en+ par nuit... personne de censé n'a envie de ça.

J'ai malgré tout fini ma mission de deux nuits, mais je n'y reviendrai pas merci. Je n'ai pas ce truc de prendre sur moi et de faire de la maltraitance malgré moi, je ne suis pas apte.

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