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Le Libertaire Bisontin

Le Libertaire Bisontin

Journal d'un anarchiste.

Témoignage : mon vécu de SDF

J'ai pris sur moi d'organiser le rassemblement du 1er septembre car même si ma situation n'est clairement plus la même aujourd'hui, j'ai été SDF à la ville de Besançon pendant trois ans, de mes 20 ans à mes 23 ans. Je n'ai dormi que très peu de fois à la rue, lorsque ça m'arrivait, je ne dormais pas, je marchais toute la nuit et le matin j'allais me reposer chez un.e camarade. C'est au moins une chose que j'ai constaté chez les anars, on n'a jamais laissé un.e camarade dormir dehors. Il y avait toujours un divan et un truc à manger quelque part pour l'un.e des nôtre.

J'ai un handicap qui n'a été reconnu qu'il n'y a quelques années, car je ne voulais pas accepter le fait d'être en situation de handicap, ce qui faisait que je ne pouvais pas trouver d'emploi et le conserver durablement. Maintenant, je m'accepte de plus en plus, je peux même dire sans être gêné que j'ai un syndrome anxio-dépressif. Cela ne m'empêche pas de travailler, mais je ne peux pas faire plus d'un mi-temps, j'ai besoin de beaucoup plus de temps que la plupart des gens pour reposer ma "force de travail". Car avec cette maladie, je m'épuise énormément, je ressens comme un courant électrique quasi permanent dans tout mon corps (entre autre), ce qui m'épuise et me fait entrer en dépression de manière chronique...

Vers mes 23 ans, après un très gros épisode dépressif qui m'a conduit à être hospitalisé, j'ai eu par la suite une piaule au foyer Javel à Chalezeule. Très vite j'ai trouvé un emploi en insertion pour une association, je me suis alors mis en coloc et petit à petit je me suis sorti de la mouise, même si la misère n'est jamais bien loin... Aujourd'hui je suis intérimaire dans le médical, je m'en sors plutôt bien.

J'ai été épaulé par l'équipe du S.A.A.S (service d'accueil et d'accompagnement social) pendant ces trois années. Ce sont des personnes formidables, dans le sens où malgré leur problème de budget, le fait qu'ils/elles ne soient pas assez, qu'ils/elles n'aient pas assez de moyens, ils/elles font vraiment leur maximum.

Le problème est politique, par exemple avant nous avions pleins de bancs publics à Besançon, où sont-ils passés ?! Des bancs ont été installé, mais ce sont des bancs avec des "dispositifs anti-SDF". La place Pasteur, qui était magnifique autrefois. J'avais été fasciné par ça étant plus jeune à Besançon : un endroit surélevé avec des arbustes et une fontaine en forme de mécanisme horloger, et même un W-C public avec une vraie dame pipi ! J'étais fasciné car à cet endroit traînaient des SDF, des punks, mais aussi des lycéen.ne.s qui mangeaient leurs sandwichs, des costards faisant de même ; j'aimais vraiment cette mixité sociale. Ou est notre place Pasteur ?! Elle est morte, comme l'indique les tombes qui ont été mise à la place. C'était un endroit plein de vie, c'est devenu un lieu sinistre.

Pour en revenir à mon ex-situation de SDF, cela prouve que ça marche d'accompagner des personnes qui n'ont rien ; j'ai pu reprendre espoir, me mettre à faire des démarches administratives, trouver du travail... Je ne pense pas que si l'on m'avait réprimé cela aurait marché, bien au contraire. Lorsque l'on est dans cette situation nous avons bien plus besoin d'aide que de brimade. C'est vrai que certain.e.s SDF s'alcoolisent, se battent parfois, mais c'est à l'image de leur vie : une immense violence. Un accompagnement sur le plan social, médical, voir psychiatrique est nécessaire, plus que d'interdire la mendicité et d'amender les personnes qui s'y adonnent. C'est indigne de Besançon !

Et les personnes qui ne se sentent pas concerné, vous savez j'étais comme vous, je gagnais ma vie jusqu'à ce que la dépression s'invite dans ma vie et en quelques mois j'étais SDF ; sachez le ça va très vite ! A l'époque je n'aurais jamais cru que cela m'arriverait. C'est pourquoi ça peut nous arriver à tou.te.s et c'est bien à cause de notre système, c'est le capitalisme qui produit les pauvres et la pauvreté. Donc quand les tenants de ce système mettent en place des arrêtés pareils, il est tout à fait normal et même salutaire que des personnes s'y opposent.

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