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Le Libertaire Bisontin

Le Libertaire Bisontin

Journal d'un anarchiste.

Jaunisse ce samedi 8 décembre à Besançon

Ce samedi 8 décembre, ayant décompressé après une semaine de boulot, je me suis réveillé tardivement. Je n'étais pas au courant qu'une manifestation avait lieu à Besançon. C'est lorsque vers 15h j'ai voulu me rendre dans une librairie que j'ai constaté que la rue Charles Nodier était verrouillée par des cars de gendarmes mobiles, les bus de la ville étaient garé sur le trottoir de la rue. Je prends donc par la rue Mégevand avec pour idée de passer devant le tribunal. En arrivant au croisement de la rue de la Préfecture et de la rue Mégevand, j’aperçus une foule impressionnante  de manifestant·e·s, et, derrière elles/eux, un immense nuage de gaz lacrymogène qui vient en ma direction. Merde, moi qui me tient pourtant à l'écart du mouvement depuis le début, voilà que je suis gazé. Je fonce en direction du tribunal sauf que des gilets jaunes étaient aussi présent·e·s dans cette rue qui fût aussi gazée... Je tousse, je pense que je vais faire un malaise, le gaz est trop dense, je vomis, je pleure. Plusieurs personnes viennent me demander si ça va. Au fil du temps, le gaz se disperse et je me rétablis.

Je tiens à dire que je ne me serais pas rendu spontanément à un rassemblement des gilets jaunes, non pas que je n'entends pas leurs revendications, que je ne ressente pas leurs souffrances, les fins de mois difficiles... Tout ça je le partage avec elles/eux étant moi-même intérimaire. Ce qui m'inquiète depuis le début de cette mobilisation c'est l'instrumentalisation de la part de certains lobbys patronaux (transports routiers, ambulances privées, taxis...) et politiques (RN, LR...). Je sais également qu'il y a eu des agressions racistes à plusieurs endroits sur les piquets des gilets jaunes et notamment à Besançon. A un endroit ce sont des migrant·e·s qui ont été honteusement dénoncés.

Tout cela, c'est sans compter sur la soupe des relais du pouvoir que sont certains médias (BFM, Cnews...) qui dresse le portrait de ces personnes, au gré des chaînes, des jours, des enjeux... comme étant tour à tour « des personnes de l'ultra-droite », des personnes de « l'ultra-gauche », des « casseurs infiltrés », « bandes de casseurs »... Je n'invente pas les termes, ce sont des morceaux de phrases que j'ai noté ça et là sur différentes chaînes TV. Tout cela m'emmenait à être méfiant à l'égard de ce mouvement.

A partir du moment où j'ai été gazé, où j'ai vu qu'a priori les personnes souhaitaient occuper le parvis de la préfecture et que la réponse fût de tirer des gaz lacrymogènes, mon intérêt a été suscité, je voulais comprendre. J'ai donc rejoint en tant qu'observateur et je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de personnes que je connais qui était présente lors de cette manifestation, à ma grande surprise. Et au moins 70% que je n'avais jamais vu en manif. Même des gens que je connais hors cadre militant étaient là. Il y avait aussi un cortège de lycéen·ne·s qui était bien déter.

Le marché de Noël était recouvert du gaz des grenades lacrymogènes lancées par les gendarmes mobiles, des bruits d'explosions, tirs de flashball, des enfants en crise, tout le monde tousse, pleure... Ambiance de ce samedi au centre-ville de Besançon.

Alors oui il y avait quelques personnes avec le drapeau français, la marseillaise a bien été entonnée plusieurs fois par des anciens, il y avait aussi des poucaves et pour dire c'était le chaos sur place, mais je n'ai rien entendu de raciste, ni aucun panneau, plusieurs personnes racisées comme moi étaient présent·e·s sans qu'aucun heurt ni quoi que soit n'est lieu. Par contre j'ai entendu quelques slogans phallo-centrés et un type dire que « les francs-maçons doivent bien chier dans leur froc ».

ce qui nous emmène au prochain point, qu'est-ce que j'ai pensé de ce mouvement.

D'abord, ce ne sont pas que des petits-bourgeois comme j'avais cru comprendre à la télé, honnêtement, la majorité des personnes qui étaient présent·e·s étaient des personnes peu friquées, qui galèrent jour après jour pour joindre les deux bouts, que ce soit pour faire manger les gosses, payer loyer et dettes pour la maison… Elles/ils travaillent pourtant de manière acharnée et ne voient quasiment jamais le fruit de leur dur labeur. Ce n'est que trimer, se priver, stresser à cause des factures, de la bouffe qu'il faut acheter, des nouvelles chaussures pour le/les gosses, des cadeaux pour Noël... En fait c'est un modèle entier qui n'a jamais marché dont les gens sont en train de désillusionner. Merde, le père noël n'existe pas ; ça alors !

Ensuite, j'ai été choqué par le néant du retour qui aurait dû être fait par la masse présente face à la répression qui a conduit à ce que plusieurs personnes soient placées en garde-à-vue ; les gens constataient béats les arrestations sous leurs yeux mais ne témoignaient même pas leur solidarité par un cri, pas une phrase de soutien... Rien... Alors quoi, on serait solidaires pour gueuler tou·te·s ensemble mais une fois que la répression frappe, c'est chacun pour sa gueule ??!

Néanmoins, j'ai choisi de ne pas être trop dur avec ce mouvement, qui est loin d'être homogène, qui est jeune, la plupart des personnes qui étaient là ce jour sont de nouvelles têtes, inconnu·e·s

auparavant, qui pour certains, ne manquent pas d'emmener avec eux dans les cortèges, leurs fantaisies réactionnaires, leur fragilité politique petite-bourgeoise, leurs préjugés... Mais sachez que nous aussi, les citadins avons des préjugés tenaces sur les travailleu·rs·ses déclassé·e·s, qui vivent dans des zones pavillonnaires très reculées des centres-villes, sans services publics ni équipements

publics favorisant le rapprochement entre habitant·e·s de ces zones par exemple. Ne parlons même pas des travailleu·rs·ses dans les campagnes, qui, bien souvent, n'ont pas le réseau, ont un accès limité à internet et aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) en général. Autre chose, vous ne l'avez sans doute jamais tenté mais je vous lance un défi : être à Lyon et en sortir « à pied » et en vie ! Quasiment impossible sans que ce soit au péril de sa vie... Alors comment joindre les campagnes ? Comment acheter des légumes, du fromage... à des personnes qui en vivent vraiment et qui n'empoisonnent pas la terre et que notre panier de légumes ou notre fromage ne nous coûte pas ½ journée de travail en échange ? Bien sûr que les opprimé·e·s pour la plupart aimeraient consommer local, bio et tout le tintouin, mais ce n'est pas possible lorsqu'on a une famille et qu'on bosse avec pas ou peu de qualifications de se payer ce train de vie, car hélas, les pommes de terre polonaises par ex, sont moins chères que les Haut-Saônoises. On marche sur la tête et c'est tout un système qui doit être changé, ça en tout cas je l'ai entendu plusieurs fois lors de cette manifestation.

En conclusion, je demande encore à voir où va nous mener ce mouvement, même si je ne veux pas m'enfermer non plus dans une sorte de pureté idéologique qui ne nous mènerait nulle part, je reste encore méfiant, car pour l'instant, en tout cas de ce que j'en ai constaté à Besançon, le mouvement est extrêmement désorganisé, notamment sur le plan de l'anti-répression, je trouve effectivement inconcevable que des manifestant·e·s soient interpellé·e·s sans que personne au sein même du mouvement ne s'en émeuvent plus que ça. Nous avons tou·te·s une lourde responsabilité quant à ça ! Je trouve tout aussi inacceptable que des fachos viennent semer la zizanie en s'infiltrant parmi les gilets jaunes, quand ce ne sont pas eux-mêmes, et commettent des agressions racistes, c'est intolérable ! Aux gilets jaunes de prendre leur responsabilité individuelle et collective pour dégager ces éléments indésirables des divers rassemblements.

LA HAINE N'A JAMAIS FAIT ET NE FERA JAMAIS PROGRESSER L'HUMANITÉ ! LA COLÈRE, LA RAGE, OUI, LA HAINE, ABSOLUMENT JAMAIS !

La place Granvelle ou se situe le marché de Noël - Gazé à au moins cinq reprises

 

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