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Le Libertaire Bisontin

Le Libertaire Bisontin

Journal d'un anarchiste.

Nouvelle convocation en Justice

Pour celles et ceux qui ne le savent pas, il y a un peu plus de deux ans (2017), moi et dix-huit autres personnes avons envahi la réunion du conseil d'administration de l'université de Franche-Comté, dans le but d'empêcher ce dit conseil d'entériner la sélection à l'entrée en Master. Cette action, bien qu'étant le fruit du désespoir, en effet que pouvions nous à dix-neuf face à un appareil étatique aussi sophistiqué ? Que pouvions nous face à ses moyens de propagande, à ses moyens de coercition ? Pas grand chose lorsque nous sommes si peu, c'est comme le combat de  David contre Goliath... Néanmoins nous l'avons tenté, entre individus d'horizons très différents. Nous avons écopé d'une répression inédite, avec matraquage en règle, mise en garde-à-vue dans des conditions plus qu'indécentes ; nous avons été jugé et avons payé très cher nos actes de l'époque. Certain·e·s d'entre nous ont même perdu le soutien de leur famille, la presse locale nous a traîné dans la boue. Tout cela pour une action qui, il y a encore une dizaine d'année, était assez banale.

A l'époque, nous avons été un certain nombre à avoir accepté une composition pénale, on nous avait assuré qu'il n'y aurait aucune poursuite si nous acceptions. Nous avons exécuté un "stage de citoyenneté" à notre charge (150€), ce qui en principe éteint l'action publique...

Problème, début septembre, j'ai reçu la visite d'un huissier en mon absence qui a laissé à la personne présente chez moi une convocation devant le tribunal. Le dossier a été ré-ouvert à la demande du nouveau Procureur qui poursuit également à ma connaissance trois autres camarades. Je trouve étrange que l'ancienne Procureur, Mme Roux-Morizot , aujourd'hui à Mulhouse, termine avec ce dossier et comme je vous l'ai dit nous l'avons payé très cher, et qu'un Procureur fraîchement nommé décide de poursuivre à nouveau certains d'entre nous...

Cet acharnement semble s'inscrire dans une logique de harcèlement de celles et ceux qui se battent pour l'intérêt du plus grand nombre. Peu importe que les faits soient futiles, ici on m'accuse d'avoir dégradé la serrure d'une porte, mais où se situe la rationalité là dedans ? Est-ce que ce que nous avons fait vaut la peine, dans l'intérêt public, de mobiliser des moyens étatiques de coercition d'une si grande importance, de mobiliser la Justice qui a d'autres chats à fouetter, pour une serrure d'une valeur de 15€ ?!!

Bien sûr que non ! D'autant plus qu'en on a déjà payé !

Ce qui nous remmène au fait qu'il s'agit d'une manœuvre assez vile de la part du Parquet, mais qu'attendre d'autre de ce zélé magistrat, nommé par décret, par le président de la République ? Il fait le travail que lui demande l’État, qui se targue d'être le garant des libertés et du bien-être de tou·te·s, alors qu'on est de plus en plus nombreux à rompre l'illusion, à voir qu'en fait l’État n'est le garant des libertés et du bien-être que des membres de la bourgeoisie, les gilets jaunes pourront en témoigner : matraqués, gazés, éborgnés, démembrés... !!

L’État, dans sa forme originale, a toujours été au service exclusif des membres de la bourgeoisie. Il est par nature nuisible pour les travailleu-ses-rs qui ont tout intérêt à le voir disparaître. Certain·e·s d'entre vous vont se dire que j'exagère, que par exemple la loi nous protège tou·te·s... etc

Laissez moi vous citer la pensée du célèbre camarade italien Malatesta qui explique bien mieux que moi l'essence même de l’État :

  • [...] Supposons maintenant que le gouvernement [l’État] ne constitue pas déjà en lui-même une classe privilégiée ; supposons qu'il puisse vivre sans créer autour de lui une classe nouvelle de privilégiés et en restant le représentant, le serviteur si l'on veut, de toute la société. A quoi servirait-il donc ? En quoi et comment pourrait-il accroître la force, l'intelligence, l'esprit de solidarité, le souci du bien-être de tous et de l'humanité future qui se trouvent exister à un moment donné dans une société donnée ?                                                                                                                                                               C'est toujours cette vieille histoire de l'homme aux deux jambes attachées qui a réussi à vivre malgré ses chaînes et qui s'imagine que s'il vit, c'est grâce à elles. Nous sommes habitués à vivre sous un gouvernement qui accapare toutes les forces, toutes les intelligences et toutes les volontés qu'il peut orienter vers ses fins à lui ; et qui entrave, paralyse, supprime toutes celles qui ne lui sont pas utiles ou qui lui sont hostiles ; et nous nous imaginons que tout ce qui se fait dans la société se fait grâce au gouvernement et que s'il n'y avait plus de gouvernement, il n'y aurait plus dans la société ni force, ni intelligence, ni bonne volonté. De la même façon,comme nous l'avons déjà dit, le propriétaire qui s'est emparé de la terre la fait cultiver à son profit particulier, en ne laissant au travailleur que le strict nécessaire pour qu'il puisse et veuille continuer à travailler ; et le travailleur asservi s'imagine que, sans le patron, il ne pourrait pas vivre, comme si c'était le patron qui créait la terre et les forces de la nature. [...]

 

Enfin, avec les trois autres compagnon·ne·s avec qui je dois comparaître ce jeudi 17 octobre, jour du tristement célèbre anniversaire du massacre des algériens initié par Maurice Papon, nous avons décidé de ne pas organiser de rassemblement devant le tribunal. Nous vous tiendrons bien sûr au courant.

 

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